Accroître la participation des Autochtones à l’aménagement des forêts modèles canadiennes

décembre 11, 2002 | Written BY : admin_test

Accroître la participation des Autochtones à l’aménagement des forêts modèles canadiennes

Au centre de la Saskatchewan, les Cris de Montreal Lake ont depuis toujours des frictions avec leurs voisins non Autochtones. Lorsque le gouvernement du Canada a fondé le parc national de Prince-Albert, la communauté des Premières nations a dû quitter ses terres natales pour s’installer dans une réserve à 20 kilomètres au-delà des frontières du parc. Depuis lors, la communauté a été fort peu en contact avec le personnel du parc. Et ses relations avec le ministère de l’Environnement et de la Gestion des ressources de la Saskatchewan n’ont guère été plus reluisantes.  » Il y avait toujours des affrontements entre les fonctionnaires et les Cris « , affirme Gene Kimbley, qui a travaillé auprès de la nation crie de Montreal Lake pendant dix ans.

Lorsque la planification de la Forêt modèle de Prince Albert (FMPA) s’est amorcée, toutefois, la communauté de Montreal Lake a mis ses craintes de côté pour devenir un partenaire enthousiaste de la nouvelle organisation.  » Nous avons vu là une occasion de nous asseoir à la même table que les représentants de l’industrie forestière, des gouvernements provincial et fédéral et d’autres parties intéressées « , déclare Kimbley, autrefois président de la FMPA qui dirige présentement la société d’experts-conseils EcoDynamics Consulting Group International.

La participation de Montreal Lake a été rentable; Weyerhaeuser, le principal partenaire du secteur privé de la FMPA, a créé des emplois dans la récolte du bois et la sylviculture. Bien que cette amélioration de la situation de l’emploi ne soit pas directement attribuable à la forêt modèle, son existence a accéléré les choses, ajoute Kimbley.  » Lorsque les gens discutent ensemble de questions communes, quand ils commencent à mieux connaître leurs partenaires, ils nouent des relations durables qui sont bénéfiques à toutes les parties « , souligne-t-il.

De la confrontation à la collaboration

À deux provinces de là, Henry Lickers raconte une anecdote semblable.  » Dans les années 1970 et 1980, presque tous nos travaux dans le domaine de l’environnement menaient à la confrontation : lutte contre [la papetière] Domtar, lutte contre les pollueurs, lutte contre le gouvernement, contre tout le monde finalement « , explique Lickers, directeur du service de l’Environnement du Conseil des Mohawks d’Akwesasne. Mais après une  » guerre civile  » qui a semé la discorde, en 1990, les Anciens ont réfléchi.  » Nous avons appris à nous battre pour défendre notre cause « , dit-il,  » mais nous n’avons pas été des plus pacifiques. Il est temps de changer notre fusil d’épaule, de passer de la confrontation à la paix.  »

Cette décision a permis au Conseil des Mohawks de jouer un rôle de premier plan dans la création de la Forêt modèle de l’Est de l’Ontario (FMEO); par exemple, Lickers a contribué à la rédaction de la proposition qui a mené à l’établissement de la FMEO. À titre de partenaire fondateur (avec Domtar et le ministère des Ressources naturelles de l’Ontario), la communauté d’Akwesasne détient un siège permanent au conseil d’administration de la FMEO et participe activement aux comités techniques à qui la Forêt a confié des attributions consultatives. Qui plus est, son influence est manifeste dans les opérations quotidiennes de la forêt modèle : les réunions commencent et se terminent par des prières et les négociations sont empreintes d’un enthousiasme découlant du code d’éthique introduit par la nation iroquoise [voir l’encadré]. Dans le contexte de la FMEO, il s’agit d’un processus propre à susciter l’enthousiasme et à resserrer les relations entre les partenaires – actuels et éventuels – , dans le cadre duquel les décisions se prennent par consensus ou accord mutuel plutôt que par vote majoritaire.

Comme les Cris de Montreal Lake, le Conseil des Mohawks d’Akwesasne a tiré profit de sa participation aux activités d’une forêt modèle. Il a reçu du financement, des arbres, de la formation en plus de bénéficier de rabais ou de visites scolaires.  » Nous n’en tirons pas de larges sommes, mais nous cherchons constamment de nouvelles occasions d’étendre notre expérience « , indique Lickers.

Des modèles pour l’ISPA

Depuis 1997, tant la communauté de Montreal Lake que celle d’Akwesasne ont servi de modèles pour l’Initiative stratégique pour la participation accrue des Autochtones (ISPA), lancée par le Réseau canadien de forêts modèles (RCFM) afin de favoriser la participation des peuples autochtones aux forêts modèles de tout le pays. Avant cela,  » nous savions que certains projets avaient réussi mais aussi que des améliorations s’imposaient « , précise Brian Bonnell, coordonnateur du RCFM.  » Il y avait un site comme celui de la Forêt modèle de Prince Albert, où la participation des Autochtones se faisait à trois niveaux, avec le concours de deux collectivités (Montreal Lake et lac La Ronge), le Grand conseil de Prince Albert (GCPA) et la Fédération des nations indiennes de la Saskatchewan (FSIN). Alors qu’au Manitoba, il y avait une importante population autochtone, mais elle n’a pas participé à la première phase « , ajoute-t-il.

Le comité de l’ISPA, sous la coprésidence de Gene Kimbley et de Duane Hiebert (représentant du GCPA au conseil d’administration de la Forêt modèle de Prince Albert), a donc consacré ses fonds à l’appui de programmes d’échange d’information et de projets présentant un intérêt particulier pour les communautés autochtones, ce qui  » grandement aidé l’initiative à s’affermir « , soutient Bonnell. Grâce à l’ISPA, les membres des Premières nations de Prince Albert ont rencontré des groupes d’Autochtones et de non Autochtones de la Forêt modèle du Manitoba pour discuter des avantages des forêts modèles, jeter un pont entre les communautés et favoriser une plus grande compréhension mutuelle. En outre, par suite de l’accroissement de la participation des Premières nations et des Métis, des représentants de la Forêt modèle de Prince Albert et de la Forêt modèle du Manitoba se sont rendus au Nouveau-Brunswick pour rendre visite aux communautés autochtones de la Forêt modèle de Fundy.

Pendant ce temps, le Conseil des Mohawks d’Akwesasne partageait son expérience avec les représentants de la Forêt modèle de Long Beach sur la côte du Pacifique et d’autres sites canadiens.  » On enseigne par l’action, pas par des paroles « , fait valoir Lickers.  » Les gens viennent ici et voient comment nous travaillons ensemble, et ils sont épatés. Par exemple, peut-être les fonctionnaires du ministère des Ressources naturelles ne sont-ils pas très bien accueillis dans nombre de communautés des Premières nations, mais ils sont les bienvenus à Akwesasne. Certains pourraient se plaindre de la trop grande rigidité de la politique sur les pêcheries. Mais personne d’Akwesasne. Pourquoi cela ? Parce que nous avons établi de bonnes relations de travail avec eux, pas seulement pour la forêt modèle mais dans beaucoup d’autres dossiers.  »

L’importance des partenariats

Selon Bob Newstead, coordonnateur régional du RCFM, l’ISPA donne de bons résultats.  » Avant ce programme, dans les forêts modèles de McGregor et de Foothills, les relations [avec les communautés autochtones] étaient passives sinon carrément inexistantes. Aujourd’hui, les Premières nations – et, dans une certaine mesure, d’autres groupes autochtones – ont pris conscience de l’importance des grands partenariats.  »

 » L’Initiative a désormais assuré une présence autochtone dans presque toutes les forêts modèles du Canada « , de dire Kimbley, qui a abandonné la présidence du comité pour se consacrer à sa société de conseils.  » Partout où les communautés autochtones ont participé, l’expérience a été positive, en particulier dans la Forêt modèle du Manitoba où une entreprise conjointe de gestion des zones forestières a été mise sur pied et a mis à contribution, à part entière, la société privée Tembec et les communautés autochtones locales.  »

Bien que le mandat du comité de l’ISPA prenne fin le 31 mars 2002, tout semble indiquer que son travail se poursuivra au cours de la prochaine phase du Programme de forêts modèles du Canada, même si le financement de projets locaux cesse. Au cours des dernières années, le comité a reçu un si grand nombre de propositions de projet qu’il n’y a pas assez de fonds pour satisfaire tout le monde, explique Bonnell. L’ISPA se centrera plutôt sur des enjeux stratégiques liés à la participation des Autochtones à l’ensemble du réseau de forêts modèles.  » Concrètement, nous voulons nous assurer que les communautés autochtones participent dès le début à l’élaboration des propositions d’établissement de forêts modèles de sorte qu’ils prennent part à toutes les étapes des projets et que ceux-ci répondent à leurs intérêts fondamentaux.  »

Les objectifs futurs

En outre,  » nous nous pencherons davantage sur les grandes questions qui préoccupent les groupes autochtones : les droits traditionnels de chasse et d’accès aux ressources « , poursuit Kimbley.  » Ils peuvent se réunir pour tenter de trouver des moyens de résoudre ces questions et conclure une entente avant d’en venir à la polarisation.  »

Kimbley et Lickers sont d’avis que, théoriquement, le concept des forêts modèles peut fonctionner n’importe où. Il  » permet aux gens de trouver des points communs au lieu de s’affronter et de se tirer les uns sur les autres à boulets rouges « , affirme Kimbley. Si cette approche avait été adoptée à Burnt Church, au Nouveau-Brunswick,  » la  »guerre du homard » n’aurait pas eu lieu « . Les communautés de pêcheurs, autochtones et non autochtones, auraient pu élaborer un plan de partage des ressources halieutiques acceptable par les deux parties s’ils avaient disposé d’une tribune semblable, conclut-il.

par John Eberlee

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