Orégon, États-Unis - Consultation

Atelier de l'Orégon - Compte rendu des discussions
Du 31 mars au 5 avril 1998 - Portland, Orégon, États-Unis d'Amérique

  • Sommaire et points saillants
  • 1.0 Contexte
  • 2.0 Objectifs de l'atelier
  • 3.0 Discours-programme
  • 4.0 Validation de l'ordre du jour
  • 5.0 Groupes de travail - Délibérations thématiques
  • 6.0 Principales constatations
          6.1 Partenariat et collaboration
          6.2 Outils et infrastructure décisionnels
          6.3 Indicateurs du progrès vers l'aménagement forestier durable
          6.4 Utilisation de vos réseaux
          6.5 Autres éléments et enjeux clés
  • 7.0 Conseils au RIFM/SRIFM
  •  


    Sommaire

    L'atelier de l'Orégon du Réseau international de forêts modèles a été organisé par le Service des forêts du USDA et le Bureau de gestion des terres du USDI avec l'appui du Secrétariat du Réseau international de forêts modèles (SRIFM). L'atelier a réuni 72 participants de sept pays et d'organisations non gouvernementales. Les délibérations s'inscrivaient dans le sillage de la première réunion du processus de consultation qui s'est tenue à Tokyo, au Japon, du 10 au 12 mars 1998.

    Les objectifs de l'atelier de l'Orégon étaient les suivants : (1) échanger et mettre en commun des expériences portant sur l'établissement et la gestion de forêts modèles, (2) définir les éléments critiques de la réussite et proposer des solutions afin de régler efficacement les problèmes énoncés et (3) conseiller le processus de consultations nationales du RIFM au sujet de l'avenir du réseau.

    L'atelier de l'Orégon, qui a duré six jours, a porté sur quatre thèmes : partenariats et collaboration, outils et infrastructure décisionnels, indicateurs des progrès vers l'aménagement forestier durable et utilisation de réseaux. Pour préparer les délibérations thématiques, des praticiens des forêts modèles ont présenté des études de cas comme exemples afin de stimuler les échanges et les discussions.  Les délibérations visaient à définir les éléments de la réussite dans les forêts modèles, ainsi que ceux qui représentent des obstacles. Après les plénières, les participants se sont réunis en groupes de travail plus restreints pour aborder les objectifs de l'atelier et donner au RIFM des éléments clés dont il faut tenir compte dans l'établissement et le maintien d'un réseau en bonne santé. L'atelier a comporté aussi deux visites sur le terrain, l'une dans la zone de gestion adaptative de Cascades et l'autre, dans la forêt modèle d'Applegate.

    Les participants ont reconnu que l'atelier avait connu un grand succès et leur avait permis d'échanger des idées, d'apprendre les uns des autres et d'élargir leur réseau de connaissances et de contacts. Tous ceux qui ont présenté des commentaires ont indiqué que l'on appuyait fortement les forêts modèles et les activités de travail en réseau au RIFM. Le concept des forêts modèles peut aider à comprendre les interactions entre les valeurs de la société, les retombées sur l'économie et l'environnement et les méthodes de gestion forestière. Les forêts modèles peuvent servir à démontrer cette compréhension dans notre planification et nos décisions relatives à la gestion des ressources naturelles.

    Voici un sommaire condensé des principales constatations de l'atelier rédigé par le Secrétariat du RIFM.

    Partenariats et collaboration

    Tous les participants ont validé le concept des forêts modèles fondé sur des partenariats conçus pour favoriser la collaboration et le dégagement de consensus afin d'instaurer l'aménagement forestier durable. Cette conclusion découle des constatations issues de l'atelier de Tokyo, dont les participants avaient conclu qu'il faut des partenariats généraux reflétant la diversité des utilisateurs et l'éventail de leurs besoins que la forêt peut satisfaire. Les partenaires doivent s'entendre sur une vision, des buts et des objectifs communs. Ces partenariats doivent être ouverts et inclusifs et refléter les valeurs sociétales et culturelles dans la région de la forêt modèle. Les partenaires doivent s'entendre sur la vision, les buts et les objectifs, ainsi que sur les processus et les structures qui appuieront les processus décisionnels des partenariats, dont la réussite repose sur les éléments essentiels que sont la confiance et le respect. Il est indispensable de s'engager à long terme envers le processus parce qu'il faut du temps pour apprendre à travailler ensemble dans une forêt modèle et pour en démontrer la valeur et les avantages pour les participants.

    Outils et infrastructure décisionnels

    Les participants ont considéré les «instruments» décisionnels comme les éléments clés de la réussite des forêts modèles. Les moyens devraient appuyer la prise de décisions et non «prendre» les décisions. Autrement dit, le partenariat devrait concentrer son attention sur le processus décisionnel et non sur les moyens. Pour que les moyens et les modèles soient utiles, il faut en comprendre les hypothèses et s'en servir de façon transparente. Toutes les forêts modèles doivent comporter une description claire de leur assise foncière et une base de données accessible sur les  ressources qui en décrit l'état et la condition. Les bases de données doivent être significatives et disponibles pour tous les partenaires.

    Le choix des bonnes technologies décisionnelles doit tenir compte du groupe en cause. Ces technologies ne devraient pas être élitistes et tous les partenaires devraient y avoir accès. Il faut intégrer la capacité et la participation au processus décisionnel, ce qui devrait comprendre l'élaboration d'activités d'éducation et de communication. La contribution des gens et des collectivités à la forêt modèle jouera un rôle fondamental dans la réussite ultime des activités entreprises dans son secteur.

    Indicateurs des progrès réalisés vers l'aménagement forestier durable

    Les participants ont conclu qu'il faut différents ensembles d'indicateurs pour mesurer d'abord les progrès réalisés par les forêts modèles comme partenariats et, deuxièmement, les progrès qu'elles réalisent vers la gestion durable à l'échelon de la forêt modèle.

    Les forêts modèles doivent pouvoir démontrer leur valeur et, en bout de ligne, un gain «accru» vers l'aménagement forestier durable comparativement aux sites voisins gérés de façon plus «traditionnelle».

    L'aménagement forestier durable sera définie et réalisée en bout de ligne de façon différente dans le contexte écologique, économique et social particulier à chaque forêt modèle. Les indicateurs de mesure des progrès doivent porter sur ces trois aspects et être définis clairement, faciles à comprendre, adaptatifs, pratiques, faisables et reproductibles. Les indicateurs choisis doivent être assez rigoureux pour survivre à une amélioration et un raffinement continus. Ils doivent aussi être «intégrés» afin de refléter l'évolution de la conjoncture écologique, économique et sociale.

    À l'échelon international, il faut considérer la durabilité et l'aménagement forestier durable dans une optique universelle, car la conservation ou la préservation dans une région peut entraîner en bout de ligne un simple transfert des pressions de la consommation sur une autre région. Les critères issus du processus de Montréal sont considérés comme un bon point de départ.

    Utilisation de vos réseaux

    L'établissement de réseaux efficaces aide à créer de la capacité à tous les échelons et les avantages vont plus loin que le simple partage d'expériences et de connaissances, jusqu'à l'apprentissage du leadership et l'établissement de la confiance. Le travail en réseau donne plus de force au partenariat, permet de meilleures efficiences sur le plan du fonctionnement de celui-ci et de la mise en oeuvre des activités des forêts modèles. Le travail en réseau favorise en outre l'adoption de nouvelles techniques, produit de la rétroaction, crée des possibilités de comparer des méthodologies et des démarches, et de partager de l'information et des connaissances. Les membres du réseau peuvent définir des questions d'intérêt mutuel et collaborer à des projets et à des activités à cet égard.

    Pour être efficace, un réseau doit avoir une structure fondée sur un mandat clair et être coordonné et appuyé. Le RIFM comportera probablement des éléments qui ont trait à des intérêts communs comme les communications, les projets conjoints, les réunions périodiques et les ateliers techniques, etc. Les obligations liées à l'appui du réseau dépendraient des éléments choisis qui auraient une incidence sur les obligations affectées aux forêts modèles, ainsi qu'aux partenaires du RIFM. La coordination des activités de travail en réseau par un secrétariat pourrait entraîner des avantages supplémentaires en offrant des liens avec des organismes internationaux et repérant des possibilités de financement.

    Autres éléments clés, enjeux et conseils au Secrétariat du RIFM

    Il y a des traits communs étonnants entre divers programmes nationaux qui ressemblent à l'initiative des forêts modèles. La structure des partenariats peut varier, mais les principes de participation se ressemblent énormément, ce qui indique une évolution parallèle vers une philosophie de gestion et de collaboration qui reflète en soi les valeurs de la société. Un réseau en expansion pourrait améliorer considérablement l'efficacité de ces divers programmes.

    En conseillant le RIFM, les groupes de travail ont concentré leur attention sur les éléments du rôle que pourrait jouer le RIFM, sur ses priorités, ainsi que sur la question du leadership et de la coordination du réseau.

    Selon le consensus dégagé, les activités de travail en réseau à l'appui d'initiatives sur les forêts modèles pourraient se dérouler aux échelons local, régional, national et international et pour qu'elles soient efficaces et efficientes, il faut les doter de ressources structurées et les coordonner. Sur la scène internationale, on a jugé qu'il existait un besoin d'un secrétariat du RIFM qui pourrait concentrer les efforts sur certains domaines ou éléments, dont les suivants :

    • création de capacité (facilitation de la formation et des échanges de personnel);
    • communications (élaboration de stratégies et de plans de communication; outils et moyens de connecter des forêts modèles, d'autres réseaux et des institutions; bases de données, etc.);
    • financement (élaboration de stratégies afin de trouver et d'obtenir du financement; aide et information à l'intention de ceux qui cherchent des ressources; et financement d'activités de travail en réseau);
    • peuples autochtones (orientation et capacité de liaison au Secrétariat du RIFM);
    • activités de travail en réseau et alliances stratégiques (établissement de liens avec d'autres institutions, organisations et réseaux; lancement d'efforts pour étendre la participation au RIFM);
    • leadership (défendre l'élaboration des forêts modèles et du RIFM et les faire progresser; faire fonction de mentor, de facilitateur, de coordonateur et de conseiller en établissement de forêts modèles et de réseaux; assurer le respect des principes fondamentaux qui définissent le concept des forêts modèles);
    • surveillance et évaluation (utilisation d'évaluations réalisées par des tiers).

    Les participants ont soulevé à de nombreuses occasions des questions portant sur les obligations et la régie d'un RIFM. Ces questions sont pertinentes pour le processus de consultation et seront abordées en détail lorsque la consultation dépassera le stade des discussions initiales qui portent avant tout sur les qualités, les aspects techniques et les fonctions du réseau.

    Les résultats de l'atelier seront intégrés à ceux d'autres réunions régionales et bilatérales tenues dans le cadre de la consultation sur le RIFM et il en sera fait rapport aux pays participants et aux organisations intéressées.

    1.0 Contexte

    On a organisé l'atelier de l'Orégon pour permettre aux praticiens du secteur des forêts modèles et aux personnes désireuses d'en apprendre davantage au sujet du Réseau international de forêts modèles de se rencontrer et de mettre en commun leurs expériences au sujet des quatre grands thèmes suivants :

    • partenariats et collaboration : analyse de diverses stratégies
    • outils et infrastructure décisionnels
    • indicateurs de progrès dans l'aménagement forestier durable
    • utilisation de vos réseaux

    L'atelier a comporté des groupes de discussion qui se sont penchés surtout sur ces quatre thèmes. Dans chaque cas, on a demandé à chacun des cinq groupes de travail a) de définir les clés de la réussite, b) de conseiller le RIFM et le SRIFM dans ses activités connexes et c) d'identifier les «bourrelets de ralentissement» ou obstacles à l'élaboration de forêts modèles efficaces.

    L'atelier a aussi permis de fournir des conseils au processus de consultations nationales sur l'avenir du RIFM. Le 16 octobre 1997, les chefs d'administrations des forêts de 12 pays et de la FAO se sont réunis officieusement au cours du Congrès forestier mondial qui s'est tenu à Antalya, en Turquie. Tous les pays présents  ont convenu d'amorcer un dialogue collectif au cours des 18 mois suivants afin de préciser les critères relatifs aux forêts modèles et de dégager des perspectives sur leurs besoins et leurs attentes à l'égard du travail en réseau, du rôle des forêts modèles sur la scène nationale et internationale, et des stratégies de coordination et de soutien d'un réseau international. On a chargé le Secrétariat du RIFM de facilitater la consultation et prévu une série de réunions régionales et nationales. La réunion de l'Orégon constitue un élément informel de la consultation.

    2.0 Objectifs de l'atelier

    Permettre aux participants de se rencontrer et de mettre en commun des expériences au sujet de l'établissement et de la gestion de forêts modèles en ce qui concerne plus particulièrement les thèmes choisis :

    • Partenariats et collaboration
    • Outils et infrastructure décisionnels
    • Indicateurs de progrès
    • Travail en réseau

    Définir les éléments critiques et communs de la réussite, ainsi que les incertitudes qui entourent les forêts modèles et le réseau de forêts modèles, et proposer des solutions afin de traiter efficacement les grandes questions définies.

    Donner des conseils au mécanisme de consultations nationales portant sur l'avenir du RIFM.

    L'atelier a réuni 72 participants qui représentaient sept pays et de nombreuses organisations non gouvernementales, de même que des représentants de toutes les forêts modèles des Amériques.

    3.0 Discours-programme

    Le discours-programme intitulé «Model Forests: More Thought Per Hectare», a été présenté par M. John C. Gordon, doyen, Faculté de foresterie et d'études environnementales de Yale, et se trouve à l'annexe D.

    4.0 Validation de l'ordre du jour

    La première réunion tenue à l'appui de la consultation sur le RIMF a été organisée par l'Administration des forêts du Japon. «L'Atelier international sur les forêts modèles pour l'application sur le terrain de l'aménagement forestier durable» a eu lieu à Tokyo du 10 au 12 mars 1998 et a réuni des représentants de 17 pays, de quatre organismes internationaux et de trois organisations non gouvernementales. L'atelier de Tokyo a validé les principales qualités des partenariats, qu'on a utilisées pour définir les forêts modèles. Faute de temps, on n'a toutefois pu discuter en détail des besoins et des attentes des participants à l'égard des forêts modèles en ce qui concerne l'établissement de réseaux.

    L'atelier de l'Orégon a commencé par l'introduction de M. Fred Johnson, du Secrétariat du RIFM, au cours de laquelle il a souligné les enjeux à l'étude en ce qui concerne les forêts modèles et l'avenir du RIFM, y compris les mécanismes de consultation. Son intervention a été suivie d'un exposé présenté par M. Ichiro Nagame, de l'Administration des forêts du Japon, qui a décrit les principales constatations issues de l'atelier de Tokyo. L'atelier de l'Orégon a avalisé les résultats de celui de Tokyo. L'ordre du jour de l'atelier a été validé et conçu pour exploiter les résultats de l'atelier de Tokyo en étendant les délibérations portant sur le travail en réseau, les outils d'infrastructure, ainsi que les indicateurs de progrès.

    5.0 Groupes de travail - Délibérations thématiques

    Les participants ont été répartis en cinq groupes de travail. Chaque groupe était animé par un facilitateur indépendant. Comme on l'a signalé ci-dessus, on a demandé à chaque groupe de a) définir les clés de la réussite, b) donner des conseils au RIFM et au SRIFM et c) définir les «bosses de ralentissement» ou obstacles qui nuisent à l'élaboration de forêts modèles efficaces.

    Après avoir terminé ses délibérations, chaque groupe de travail a chargé une personne par thème de présenter un compte rendu. Les rapporteurs se sont réunis en petits groupes thématiques pour échanger leurs notes et préparer les quatre rapports thématiques à présenter à la plénière. Les sections qui suivent présentent un résumé par points des comptes rendus de ces groupes. Les notes qui mettent en évidence les points soulevés au cours des discussions de chaque groupe de travail se trouvent à l'annexe E. On n'a pas établi de priorités entre les résultats clés dans les rapports sommaires suivants ni dans les notes ci-jointes des groupes de travail.

    6.0 Principales constatations

    On a compilé les principales constatations en extrayant les éléments communs des délibérations des groupes de travail, des rapports aux plénières et des synthèses produites par les animateurs des plénières. Les principales constatations portent donc avant tout sur les éléments ou les grandes questions que les participants ont abordées le plus souvent. L'exclusion de certains points abordés dans le groupe de travail indique simplement que les participants n'ont pas abordé ces questions de façon suffisamment détaillée pour qu'on puisse les considérer comme communes à la majorité d'entre eux. L'annexe E contient les comptes rendus et les notes de chacun des groupes de travail.

    6.1 Partenariat et collaboration

    Comme on l'a signalé plus tôt, l'atelier a été inauguré par M. Ichiro Nagame, qui a résumé les résultats de l'atelier de Tokyo. L'atelier de Tokyo a validé les qualités et les caractéristiques du concept des forêts modèles et plus particulièrement du concept des partenariats généraux qui reflètent la diversité des utilisateurs et l'éventail de leurs besoins que la forêt peut satisfaire. L'atelier de l'Orégon a validé davantage ces qualités et fait progresser les délibérations en les concentrant davantage sur les structures des partenariats. On a dégagé un consensus sur certains des éléments clés suivants :

    • Les partenaires s'entendent sur une vision, des buts et des objectifs communs qu'ils revoient périodiquement à mesure que le partenariat évolue vers la maturité.
    • Les partenaires s'entendent sur des règles, des lignes directrices et des structures de base qui définissent leurs processus décisionnels spécifiques. Les structures adoptées doivent être compatibles avec le mécanisme décisionnel et doivent aussi refléter les valeurs culturelles différentes des membres du partenariat.
    • Le partenariat doit être ouvert et inclusif.
    • Les membres sont disposés à faire partie du partenariat et du mécanisme à long terme et y sont voués. On reconnaît que le concept des forêts modèles nécessite du temps et de la patience. Les partenaires se chargent d'informer leurs groupes intéressés.
    • La réussite passe obligatoirement par la confiance et le respect. Les structures de pouvoir traditionnelles sont délaissées et les partenaires acceptent l'influence d'autres partenaires dans le mécanisme décisionnel.
    • Des mécanismes intermittents ne réussiront pas. Les mécanismes doivent être continus afin de faciliter l'engagement des partenaires et un sentiment de réalisation et de retombées positives. Ils doivent aussi répondre  aux attentes des participants tout en étant réalistes. Les petites réussites continues sont des plus efficaces lorqu'il s'agit de créer un sentiment de réalisation.
    • Le processus de partenariat n'est pas simplement mécanique. Il est lié à la place de l'être humain dans le monde, à nos valeurs spirituelles et à nos aspirations qui sont d'être de meilleurs citoyens du monde.

    6.2 Outils et infrastructure décisionnels

    Parmi les quatre grands thèmes, les discussions relatives aux outils et à l'infrastructure décisionnels sont celles qui avaient le plus trait à l'objectif de l'atelier, soit «mettre en commun les expériences portant sur l'établissement et la gestion de forêts modèles». À cet égard, l'atelier a offert aux praticiens des forêts modèles une tribune qui leur a permis d'apprendre les uns des autres et qui a permis aux membres de réseaux intéressés de profiter de leur adhésion au RIFM. Les participants ont signalé qu'il aurait peut être été plus juste d'utiliser le terme «instruments» au lieu d'«outils». Ils ont insisté sur les éléments suivants qui ont joué un rôle clé dans la réussite de leurs forêts modèles :

    • Les forêts modèles devraient être fondées sur une description claire de l'assise foncière de la forêt modèle, y compris une base de données accessible sur les ressources disponibles et sur leur état (p. ex., bases de données créées au moyen des technologies des systèmes d'information géographique). Ces bases de données devraient être significatives et accessibles à tous les partenaires.
    • Élaboration et mise en oeuvre d'activités d'éducation et de communication axées notamment sur les jeunes et les aînés.
    • Définition et amélioration de méthodes et de techniques de participation du public (travail en réseau et comparaison/évaluation du vaste éventail d'expériences dans tout le réseau et au-delà).
    • Participation des dirigeants locaux à la planification, à l'élaboration et à la prestation de programmes.
    • La participation continue et permanente du gouvernement est vitale.
    • Création de capacité par l'élaboration de protocoles d'origine communautaire en ce qui concerne la recherche et les projets.
    • Utilisation de la technologie appropriée au travail à faire et aux groupes en cause (choisir les bons outils). Les technologies utilisées devraient être non pas élitistes, mais accessibles à tous les partenaires.
    • Les partenaires doivent être disposés et intéressés à explorer des techniques et des outils différents (repousser les limites du confort).
    • Pour que les modèles soient utiles, il faut que leurs hypothèses soient comprises et ils doivent servir de façon transparente.
    • On utilise des outils d'aide à la décision qui ne doivent toutefois pas «prendre» les décisions. Le partenariat devrait concentrer son attention sur le mécanisme décisionnel et non sur les outils.
    • Compréhension des limites et des hypothèses des outils et des méthodes.
    • Le pouvoir doit être partagé et non accaparé par un seul enjeu ou par les partenaires plus puissants.

    6.3 Indicateurs du progrès vers l'aménagement forestier durable

    Les participants ont conclu rapidement qu'il faut des ensembles différents d'indicateurs pour mesurer le progrès des forêts modèles et du RIFM vers le concept de l'aménagement forestier durable. Les participants ont défini trois niveaux et résumé ainsi leurs éléments clés respectifs de la réussite :

    A) Indicateurs de réussite à l'échelon de la forêt modèle/forêt modèle internationale

    • La capacité d'établir et de maintenir des partenariats diversifiés et étendus qui permettraient à tous les participants d'évaluer l'utilité de leur participation en fonction de leurs propres objectifs et de ceux du partenariat au complet.
    • Les zones gérées dans le cadre du programme des forêts modèles devraient montrer un gain «accru» quelconque vers l'aménagement forestier durable comparativement aux endroits voisins gérés de façon plus «traditionnelle».
    • L'adoption des idéaux, des concepts et des pratiques des forêts modèles en dehors des limites foncières de la forêt modèle permettra non seulement de mesurer la réussite mais aussi, espère-t-on, d'assurer le maintien des activités.
    • Des évaluations indépendantes régulières devraient aider à renforcer les programmes locaux/nationaux/internationaux et à mobiliser des appuis pour les gérer et les orienter.

    B) Indicateurs de l'aménagement forestier durable à l'échelon de la forêt modèle

    • L'aménagement forestier durable sera définie et réalisée en bout de ligne différemment dans le contexte de la conjoncture écologique, économique et sociale particulière à chaque forêt modèle.
    • Il faudra des indicateurs de durabilité qui porteront à la fois sur les processus (p. ex., biologiques, sociaux, culturels) et sur des choses (produits et entités vivantes).
    • Il faut choisir des indicateurs suffisamment fondamentaux pour qu'ils survivent à l'amélioration et au raffinement continus sans qu'il soit nécessaire de recommencer régulièrement le processus.
    • Il est vital «d'accepter» les indicateurs afin d'assurer que la surveillance des progrès et les indicateurs survivent après les forêts modèles.
    • Les indicateurs doivent être définis clairement, faciles à comprendre, adaptatifs, pratiques, faisables et reproductibles.
    • Il faut que les indicateurs soient «intégrés» si l'on veut qu'ils mesurent et reflètent l'évolution de la conjoncture écologique, économique et sociale.

    C) Indicateurs de l'aménagement forestier durable à l'échelon du Réseau international des forêts modèles ou à celui de la planète

    • Les critères issus du processus de Montréal constituent un «point de départ» convenable pour l'aménagement forestier durable (c.-à-d. une base écologique, économique et sociale).
    • Il faut envisager l'aménagement forestier durable et la durabilité dans un contexte vraiment mondial (c.-à-d. que la conservation ou la préservation dans une région peut simplement transférer les pressions de la consommation sur une autre région).

    6.4 Utilisation de vos réseaux

    Les participants ont dressé une longue liste des avantages éventuels du travail en réseau et des éléments de la réussite. La liste détaillée se trouve à l'annexe E. En voici un résumé :

    • La synergie produite par les réseaux appuie le dicton selon lequel «le tout dépasse la somme de ses parties».
    • Des activités de travail en réseau efficaces aident à créer de la capacité à tous les niveaux. Les avantages vont au delà des échanges et comprennent notamment l'apprentissage du leadership et l'établissement de la confiance.
    • Le travail en réseau augmente l'efficience des partenariats et de la mise en oeuvre d'activités des forêts modèles. Les réseaux aident à produire de la rétroaction rapide sur ce que vous faites, ce qui accélère l'adaptation.
    • Le travail en réseau peut être plus avantageux en période de réduction des ressources.
    • Les réseaux permettent de comparer des méthodologies et des stratégies, et de partager de l'information. Ils aident leurs membres à reconnaître qu'ils ont des intérêts et des enjeux communs (oiseaux migratoires, papillon monarque).
    • L'adhésion à un réseau produit des possibilités imprévues.
    • Pour être efficace, le réseau doit être coordonné, doté de ressources et avoir un mandat clair. Son mandat comportera probablement des éléments liés aux activités et aux intérêts communs comme les communications, les projets conjoints, les réunions et ateliers périodiques et la participation à des activités infrarégionales ou thématiques du réseau.
    • Le mandat du réseau définira aussi les obligations affectées aux forêts modèles et à leurs partenaires.
    • Outre un rôle de coordination, le Secrétariat du réseau pourrait assurer la liaison avec des organismes internationaux et aider à trouver des possibilités de financement.

    6.5 Autres éléments et enjeux clés

    Outre les discussions thématiques, les participants ont abordé, au cours de l'atelier, d'autres enjeux qui échappaient à la portée et aux objectifs de l'atelier, mais qui sont quand même pertinents pour le réseau et le processus de consultation sur le RIFM. Nous résumons ainsi ces enjeux supplémentaires :

      Tous les avis exprimés indiquent que le RIFM mobilise de solides appuis. Comme il est axé sur les gens, les technologies et la recherche, ainsi que sur le développement durable, le réseau est bien placé pour aborder de vastes éventails d'enjeux associés à l'interface entre les personnes et les forêts, qui évolue rapidement. Le concept de la forêt modèle peut aider à comprendre les interactions entre les valeurs de la société, les avantages et les pratiques de gestion des forêts. Les forêts modèles peuvent servir à démontrer cette compréhension dans nos décisions et méthodes de gestion des ressources naturelles.

      Il y a des traits communs étonnants entre divers programmes nationaux qui ressemblent à l'initiative des forêts modèles. Les partenariats peuvent varier, mais les principes de la participation se ressemblent beaucoup, ce qui témoigne d'une évolution parallèle derrière cette philosophie de gestion qui est en soi un reflet des valeurs de la société. Un réseau efficace pourrait améliorer considérablement l'efficacité de ces divers programmes.

      On a laissé entendre qu'il se pourrait qu'un gouvernement national ne donne pas son aval officiel à de futures forêts modèles. Dans de telles circonstances, si l'on se conforme aux principes fondamentaux qui définissent une forêt modèle, le RIFM devrait alors envisager d'inclure officiellement ces forêts modèles au réseau.

      Les participants ont reconnu à de nombreuses occasions que la participation au réseau comporterait des obligations de l'appuyer. On a soulevé de grandes questions semblables au sujet de la régie à tous les niveaux d'un réseau international. Lorsque la première série de consultations sera terminée (qui porte sur les caractéristiques, les aspects techniques et le fonctionnement du réseau), il faudra aborder les grandes questions qui ont trait aux obligations et à la régie.

    7.0 Conseils au RIFM/SRIFM

    Les conseils émanant des délibérations des groupes de travail ont porté avant tout sur des éléments du rôle que pourraient jouer le réseau, ainsi qu'un organisme de coordination comme le Secrétariat du RIFM. Les participants ont reconnu en général que le travail en réseau à l'appui des initiatives de forêts modèles doit se faire aux échelons local, régional, national et international et que pour être efficaces et efficientes, les activités de travail en réseau doivent être dotées de ressources et d'une structure, et être coordonnées. À l'échelon international, on a affirmé avoir besoin d'un secrétariat du RIFM qui concentrera les efforts sur un certain nombre de questions ou d'éléments, dont les suivants :

    • création de capacité
    • communications
    • financement
    • peuples autochtones
    • travail en réseau et alliances stratégiques
    • leadership et dirigeants
    • surveillance et évaluation

    Les conseils fournis par les quatre groupes de discussion thématique se chevauchaient considérablement et l'on peut les résumer collectivement de la façon suivante :

    Création de capacité

    • Besoin d'efforts continus de formation et d'échanges de personnel entre les forêts modèles.
    • Facilitation de la formation entre des collectivités de forêts modèles.

    Communication

    • Créer des moyens novateurs et progressistes afin de donner aux diverses forêts modèles accès aux technologies modernes.
    • Élaborer une stratégie et un plan de communications comportant une structure définie bien connue de toutes les forêts modèles et de leurs partenaires. La structure devrait appuyer les stratégies autodirectrices d'accès à l'information.
    • Définir les liens avec d'autres réseaux appropriés.
    • Utiliser Internet pour tenir des discussions entre forêts modèles.
    • Créer et tenir une base de données par projet pour divers endroits.
    • Il est très important de reconnaître les connotations et les nuances dans une optique culturelle. Il faudrait créer la page d'accueil du RIFM de telle façon qu'elle permette aux forêts modèles de se reconnaître de la même façon dans tout le réseau.
    • Les systèmes de communications doivent être simples et reconnaître différents besoins des réseaux en ce qui a trait au partage de l'information, aux capacités et aux systèmes de communications différents, ainsi qu'aux différences et aux contraintes linguistiques.
    • Toutes les forêts modèles doivent échanger de l'information et la mettre en commun. Le SRIFM devrait faire fonction de centre d'information afin de faciliter cet échange.
    • Il faut améliorer les communications réseau. Un réseau qui fonctionne bien pourra accepter les changements.

    Financement

    • Il faudrait élaborer une stratégie afin de trouver et d'obtenir du financement. Ces fonds devraient provenir d'un vaste éventail de bailleurs de fonds (industrie privée, ONG, gouvernements, etc.), ce qui réduit la grande dépendance actuelle à l'égard du financement du secteur public.
    • Le SRIFM devrait aider à trouver des sources de financement et à définir les besoins financiers respectifs. Ces renseignements devraient être communiqués à tout le réseau.
    • Il faut définir les besoins de financement et trouver des bailleurs de fonds pour les activités et les fonctions du réseau en général (p. ex., ateliers, communications, secrétariat, etc.).

    Peuples autochtones

    • Créer (au bureau du Secrétariat) une capacité ou un groupe de liaison avec les peuples autochtones afin d'intégrer leurs besoins au RIFM.
    • Le secrétariat doit appuyer et renforcer les capacités des forêts modèles de reconnaître et d'intégrer les valeurs des collectivités autochtones et d'autres collectivités dépendantes.

    Travail en réseau et alliances stratégiques

    • Les forêts modèles et le RIFM devraient tirer parti des réseaux existants. Le secrétariat devrait chercher à établir des liens avec des organisations existantes qui ont des réseaux liés aux forêts (p. ex., FAO, IUFRO, IUCN, CIFOR, groupes de recherche - développement autres que les groupes forestiers habituels).
    • Les réseaux officieux qui émanent de renseignements et de contacts personnels peuvent aider à appuyer officieusement la création de forêts modèles dans un pays. Ce processus peut fournir aux partenaires des forêts modèles, y compris les gouvernements, de nouvelles façons de faire plus efficaces.
    • Le RIFM devrait organiser des ateliers périodiques afin de satisfaire à des demandes régionales ou thématiques précises des forêts modèles.
    • Le SRIFM devrait fournir des moyens de communication afin d'aider à augmenter l'effectif du RIFM.
    • Les partenaires des forêts modèles doivent partager la responsabilité du travail en réseau et l'assumer.

    Leadership et dirigeants

    • Le SRIFM devrait faire fonction de catalyseur pour appuyer la création de nouvelles forêts modèles et l'évolution des forêts modèles et du RIFM.
    • Faire fonction de défenseur des forêts modèles et des possibilités liées au fait d'être une forêt modèle et membre du RIFM.
    • Il faudrait définir ce que veut dire l'adhésion au RIFM. On suggère en outre d'envisager de produire un guide d'adhésion à une forêt modèle.
    • Le SRIFM devrait faire fonction de surveillant afin d'assurer l'observation des principes fondamentaux qui définissent le concept de la forêt modèle à mesure que le réseau s'étend.
    • Le RIFM devrait élaborer une stratégie cohérente comportant des priorités de travail en réseau, qui émane du niveau de la forêt modèle et passe par les niveaux régional, national et international.
    • Le Secrétariat devrait faire fonction de mentor, de facilitateur, de coordonnateur, de conseiller et de catalyseur.
    • On met l'accent sur les forêts modèles au lieu de chercher à faire du RIFM un «intervenant» dans le dialogue stratégique international.
    • La Secrétariat travaillera pour les membres du réseau et reconnaîtra ainsi les besoins différents de régions et de pays différents.

    Surveillance/évaluation

    • Le RIFM et le SRIFM devraient dans la mesure du possible recourir aux évaluations et à la surveillance de tiers pour évaluer les indicateurs du progrès.