Assurer la conservation de l’orignal au Canada grâce à l’engagement des intervenants et à l’utilisation du GPS

Forêt Modèle du Manitoba, Canada

L’enjeu
 
L’orignal est le plus gros mammifère de la forêt boréale (son poids peut atteindre 600 kg) et le plus imposant membre de la famille des cervidés. Il constitue un élément important de la biodiversité générale qui caractérise la forêt boréale, et une source alimentaire pour divers prédateurs, par exemple le loup et l’ours noir. L’orignal évolue dans des habitats diversifiés d’âges variés, qui lui fournissent protection et nourriture, et ses exigences en matière d’habitat peuvent chevaucher celles d’autres espèces, entre autres le cerf et le caribou. L’orignal est très recherché et prisé, tant par les chasseurs de subsistance autochtones que les chasseurs non-Autochtones titulaires d’un permis, et fait l’objet d’activités écotouristiques, notamment la photographie.
 
La Forêt Modèle du Manitoba (FMM) déploie actuellement une initiative pour renverser le déclin important de la population d’orignaux dans la zone de chasse au gibier (ZCG), qui s’étend sur une vaste portion du territoire de la Forêt Modèle. De 2000 à 2010, la population d’orignaux est passée de 2 400 individus à seulement 800. La FMM, et en particulier son Comité sur la gestion de l’orignal (CGO), ont travaillé en étroite collaboration avec le gouvernement manitobain à rechercher et comprendre les causes de ce déclin et à mettre en place des solutions avec un éventail de partenaires.

La Forêt Modèle du Manitoba
 
La Forêt Modèle du Manitoba (FMM) a été établie en 1992 en tant qu’organisation non gouvernementale (ONG) à but non lucratif et a été l’une des premières Forêts Modèles établies conformément au Programme de Forêts Modèles du Canada. Elle s’étend sur environ 1 million d’hectares et l’essentiel de son territoire est recouvert par la forêt boréale, l’un des plus vastes biomes forestiers du monde. Une petite partie de sa superficie s’étend sur des terres agricoles, autrefois boisées.
 
La FMM possède une riche biodiversité, composée de plusieurs centaines d’espèces d’oiseaux, de poissons, d’amphibiens et de mammifères, notamment le caribou des bois, une espèce désignée comme étant menacée par la Loi sur les espèces en péril du Canada.
 
Le CGO a effectué de la recherche écologique, sociale et économique sur tous les aspects de la forêt boréale et utilise les connaissances qu’il a acquises pour développer des approches novatrices en matière de gestion des ressources naturelles. Il travaille aussi avec les collectivités à définir des possibilités économiques issues de la forêt.

 

Le Comité sur la gestion de l’orignal 
 
Le CGO a été établi en 1995 en tant que comité multipartite de la FMM pour faire valoir la conservation, le rétablissement et la viabilité des populations d’originaux de l’est du Manitoba. Il a pour but d’offrir aux gens partageant un intérêt envers la conservation de l’orignal un forum pour partager de l’information et des idées, participer à des projets et des activités de gestion et développer des recommandations à l’intention du gouvernement manitobain concernant la conservation et la gestion de l’orignal dans l’est du Manitoba.

 

Facteurs liés au déclin de la population d’orignaux 

 

Des facteurs tels que la prédation, la chasse, les chemins d’accès pour les opérations forestières et minières, les parasites et les maladies peuvent avoir des effets directs ou indirects sur la population d’orignaux. De plus, d’autres facteurs, par exemple l’habitat, le climat et les phénomènes météorologiques violents, peuvent jouer un rôle fondamental pour ce qui est de déterminer la capacité d’une zone à assurer la conservation de l’orignal.

 

La principale source de prédation de l’orignal dans la ZCG 26 est le loup. Les observations locales, les connaissances traditionnelles autochtones et les levés aériens effectués par le CGO indiquent que la population de loups a augmenté au cours de la dernière décennie, et qu’elle était suffisamment élevée dans la ZCG 26 pour nuire à la population d’orignaux.





 

Puisque les loups se nourrissent de manière opportuniste, la présence de proies de rechange dans une zone peut influencer le taux de prédation général à l’endroit de l’orignal. L’apparition relativement nouvelle du cerf de Virginie dans la ZCG 26 semble soutenir la croissance de la population de loups, surtout dans la partie sud. De manière opportuniste, les loups prennent aussi pour proie le caribou des bois (ou boréal), qu’on retrouve également dans la ZCG 26. 

 

La FMM et le CGO ont procédé à plusieurs études de recherche et de surveillance à l’échelle du paysage pour comprendre la répartition des populations de loups, d’orignaux et de cerfs dans la zone. Bien qu’historiquement parlant, l’original ait évolué dans toute la ZCG 26, d’après une combinaison d’observations locales et de données GPS, les chercheurs ont découvert que l’orignal était pratiquement totalement absent dans la partie sud de la zone à partir de 2010. L’introduction du parasite appelé ver des méninges par le cerf et ses effets fatals sur l’orignal peuvent également être un facteur de contribution.

 

Les chercheurs ont aussi examiné le rôle des corridors (chemins, sentiers, etc.) sur l’interaction et la répartition des loups et des orignaux dans la partie nord de la ZCG 26 à l’aide d’un collier relié à un système de localisation GPS installé sur les loups – c’est la première fois que cette technologie était utilisée sur les loups au Manitoba. À l’aide d’une combinaison de données GPS obtenues grâce aux colliers des loups et de données provenant des levés aériens et des relevés de pistes, l’étude a pu clairement démontrer le chevauchement spatial des loups et des orignaux dans la partie nord de la ZCG 26, un phénomène nuisant aux populations d’orignaux qu’on y trouve.

 

Les percées des technologies et capacités associées aux colliers GPS ont aussi permis aux chercheurs d’étudier en détail l’utilisation des habitats saisonniers, les mouvements, les domaines vitaux et autres caractéristiques du comportement animal (p. ex. prédation) des diverses espèces sauvages. Ainsi, on a obtenu des données qui, autrement, auraient été difficiles à obtenir au moyen des traditionnelles études sur le terrain. En combinant les données de localisation GPS de l’orignal aux autres données spatiales (p. ex. couverture terrestre, chemins et sentiers, plans d’eau, activités industrielles, entre autres foresterie et exploitation minière), on obtient un puissant outil à l’échelle du paysage pour comprendre comment l’orignal se déplace, utilise les divers habitats et réagit aux activités humaines.

 

Mesures adoptées

 

Pour freiner et renverser le déclin de la population d’orignaux, le gouvernement du Manitoba a élaboré un programme d’incitatifs (qui a été mis en œuvre de 2010 à 2015) à l’intention des piégeurs locaux pour accroître leurs prises de loups en vue de réduire, sans toutefois éliminer, la population de loups de la ZCG 26. Les incitatifs aux piégeurs consistaient en des ateliers de piégeage, la fourniture d’équipement et des encouragements financiers. Cependant, d’après le nombre de loups piégés dans le cadre du programme, l’information provenant des levés aériens sur les loups effectués par le CGO, les relevés de pistes et les autres sources, la population de loups de la ZCG 26 a été considérée comme étant toujours assez élevée pour arriver à déstabiliser de manière importante les populations d’ongulés (orignaux, etc.) en empêchant ou en ralentissant le rétablissement des populations d’orignaux ou en les réduisant à un niveau assez bas pour que l’orignal soit déclaré une espèce disparue dans la ZCG. Il a fallu effectuer des travaux supplémentaires, notamment les suivants :

 

  • Une réduction de la population de cerfs dans la ZCG 26, en augmentant le nombre de permis de chasse au cerf et en prolongeant la durée de la saison de chasse automnale au cerf.
  • Une étude réalisée conjointement par la FMM et le gouvernement provincial afin de documenter les niveaux et la répartition du ver des méninges chez le cerf de Virginie a montré des taux d’infection élevés dans la zone, ce qui a renforcé la décision de réduire la population de cerfs (diminuant ainsi la transmission à l’orignal).
  • Sur recommandation du CGO, et en partenariat avec les collectivités autochtones locales, le gouvernement provincial a réduit la pression de chasse sur l’orignal (surtout durant la période vulnérable de l’accouplement), diminué la circulation de véhicules tout-terrain et restreint l’accès aux camions en fermant des chemins (en enlevant des ponceaux et des ponts, en éliminant des sections de chemin et en plaçant des barricades sur les chemins à la traversée des rivières).

 
Signes de rétablissement
 
À la suite d’un déclin de 65 % de la population d’orignaux entre 2000 et 2010, et conséquemment à la mise en place de diverses mesures de gestion, la population avait augmenté pour se situer à juste un peu plus de 1 300 individus en 2013, ce qui représente une augmentation de 60 % par rapport à sa population en 2010.
 
De plus, les améliorations d’autres indices de population (ratio petits-mères, mâles-femelles) démontrent aussi que la population d’orignaux commence à se rétablir. La FMM, le CGO et leurs partenaires ont confiance que cette tendance positive se maintiendra.
 
Conclusion
 
Tandis que les valeurs liées à la biodiversité font déjà partie du processus décisionnel et de planification de gestion des ressources du gouvernement provincial, le CGO de la FMM s’est avéré un mécanisme appréciable pour faciliter la rétroaction des intervenants dans ce processus. En ayant recours à la science et la technologie dans le cadre de leurs initiatives de recherche et de surveillance, la FMM et le CGO ont aidé à comprendre les interactions complexes au sein de la forêt boréale, dans le but ultime de maintenir la viabilité des populations d’animaux sauvages, notamment les orignaux. 
 
Grâce à son existence de longue date (plus de 20 ans), l’organisation a permis de développer la confiance et les relations de travail efficaces entre le gouvernement, l’industrie, les collectivités et les partenaires des ONG. En retour, cela a permis d’adopter des approches ouvertes et franches pour résoudre les problèmes liés à la gestion des ressources.
 
Le succès du comité a attiré l’attention d’intervenants dans d’autres parties de la province, ce qui a entraîné la récente mise sur pied d’un comité semblable à celui de l’orignal dans l’ouest du Manitoba, venant ainsi soutenir l’objectif de la FMM de servir de modèle.

Pour de plus amples informations sur ce projet, veuillez lire les pages 15-20 du rapport préparé pour le CBD (disponible en anglais seulement): Mainstreaming forest landscape restoration and biodiversity conservation